Texte 1
II. SESSION,
tenuë le 7. jour de Janvier
de l'année 1546.
DECRET
de la maniere de vivre, & des autres choses qui se doivent observer pendant le Concile.
L E Saint Concile de Trente légitimement assemblé, sous la conduite du Saint Esprit, les trois Légats du Siege Apostolique y présidant ; reconnoissant avec l'Apostre Saint Jacques, (Jac.I.17.) Que tout bien excellent, & tout don parfait vient d'enhaut, & descend du Pere des lumieres, qui départ la Sagesse avec abondance & sans reproche, à tous ceux qui la luy demandent ; & sçachant aussi que (Proverb. I. 7. Psal. 110. 10.) la crainte du Seigneur, est le commencement de la sagesse, a résolu d'abord, & jugé à propos, d'exhorter, comme il fait aujourd'huy, Tous & Chacun les fidelles Chrestiens qui se trouvent à présent dans cette ville de Trente, de se corriger des vices & des péchez qu'ils peuvent avoir commis jusques-icy, pour vivre doresnavant dans la crainte de Dieu, & s'abstenir des desirs de la chair (Galat. 5. 16.) ; de s'appliquer à la priere ; de fréquenter les Sacremens de Penitence, & d'Eucharistie ; de visiter souvent les Eglises ; & que chacun enfin s'efforce de tout son pouvoir, d'accomplir les Commandemens du Seigneur, & fasse tous les jours quelques prieres particulieres pour la paix entre les Princes Chrestiens, & pour l'union de l'Eglise.
Quant aux Evesques, & tous les autres de l'Ordre Sacerdotal, qui composent dans cette ville le Concile Général, ou qui y assistent, qu'ils s'appliquent assidûment à benir Dieu, & à luy présenter continuellement l'offrande de leurs prieres, & de leurs loûanges ; & qu'au moins chaque Dimanche, qui est le jour auquel Dieu a créé la lumiere, & auquel Nostre Seigneur est ressuscité, & (Act. 2. 3. 17.) a répandu le Saint Esprit sur ses Disciples, ils aient soin d'offrir le Sacrifice de la Messe ; faisant comme le mesme Saint Esprit l'ordonne par l'Apostre, (I. Tim. 2. I.) des supplications, des prieres, des demandes, & des actions de grace, pour Nostre Saint Pere le Pape, pour l'Empereur, pour les Rois, & pour tous ceux qui sont élevez en dignité, & généralement pour tous les hommes ; afin que nous menions une vie paisible & tranquille, que nous jouïssions de la paix, & que nous puissions voir l'accroissement de la Foy.
Le Saint Concile les exhorte de plus, de jeusner au moins tous les Vendredis, en mémoire de la Passion de Nostre Seigneur, & de faire des aumosnes aux pauvres ; que dans l'Eglise Cathedrale, on dise tous les Jeudis la Messe du Saint Esprit, avec les Litanies, & les autres Prieres ordonnées à ce dessein ; & que dans les autres Eglises, on dise le mesme jour au moins les Litanies & les Prieres ; & que sur tout, pendant qu'on célébrera les sacrez Mysteres, on s'abstienne de toutes sortes d'entretiens, & de discours frivoles ; qu'on y soit attentif, & qu'on y réponde aussi bien de l'esprit que de la bouche.
Et parce qu'il faut que les Evesques se montrent irréprochables (I Tim. 3. 2.), sobres, chastes, & intelligens, en la conduite de leur propre famille ; le Saint Concile les exhorte premierement, que chacun à sa table observe une telle frugalité, qu'il n'y ait aucun excés ni superfluité dans les mets : Et comme c'est là d'ordinaire qu'on se laisse le plus aller à des discours vains & inutiles, qu'il fassent faire pendant leurs repas, quelque lecture de l'Ecriture Sainte. En suite, à l'égard des domestiques, que chacun ait soin de les instruire, & de les avertir de n'estre point querelleux, yvrognes, débauchez, intéressez, arrogans, blasphémateurs, ni déréglez dans leurs moeurs ; mais qu'ils évitent toute sorte de vices ; qu'ils s'affectionnent à la vertu ; & que dans toutes leurs actions, leurs habits, & leur maniere extérieure, ils fassent voir une modestie, & une honnesteté digne des serviteurs & domestiques des Ministres de Dieu.
Au surplus, le soin, l'attention, & le dessein principal du Saint Concile estant de dissiper les ténebres des Hérésies, qui depuis tant d'années ont couvert toute la face de la Terre, en réformant tout ce qui se trouvera avoir besoin de réforme, & faisant paroistre en son jour la pureté, l'éclat, & la lumiere de la vérité de la Religion Catholique, à la faveur, & par la protection de Jesus-Christ, qui est véritable lumiere (Joan. I. 5.): Il exhorte tous les Catholiques qui se trouvent icy assemblez, ou qui s'y trouveront dans la suite, particulierement ceux qui sont versez dans les saintes lettres, de s'appliquer chacun avec une sérieuse attention, à la recherche, & à la découverte des moyens par lesquels une si sainte intention puisse estre remplie, & heureusement conduite à sa fin : De maniere que par les voyes les plus promptes, les plus prudentes, & les plus convenables, on parvienne à condamner ce qui se trouvera condamnable, & à approuver ce qui sera digne d'approbation ; & qu'ainsi par toute la terre, tous les hommes puissent d'une mesme bouche, & par une mesme profession de Foy, benir & glorifier Dieu, Pere de Nostre Seigneur Jesus-Christ.
Au reste, dans les suffrages, conformément au Statut du Concile de Tolede, lors que les Prestres du Seigneur tiendront leurs séances dans le lieu de Bénediction, aucun ne doit s'emporter jusqu'à troubler l'assemblée, par des bruits & des tumultes indiscrets, ou par des cris & des paroles inconsidérées, ni par des contestations vaines, opiniastres, & mal fondées ; mais chacun taschera d'adoucir tout ce qu'il aura à dire, par des termes si affables, & des expressions si honnestes, que ceux qui les entendront, n'en soient point offensez, & que la droiture du jugement ne soit point alterée par le trouble de l'esprit.
Enfin, le Saint Concile a ordonné, & déclaré, que s'il arrive par hazard, que quelques-uns n'ayent pas séance en la place qui leur est deûë, & soient obligez de donner leur avis mesme par le mot de Placet, c'est à dire je le trouve bon, & d'assister aux Assemblées, ou avoir part à quelque autre Acte que ce puisse estre pendant le Concile ; personne dans la suite n'en souffre pour cela préjudice, ni personne aussi n'en puisse prétendre l'acquisition d'un nouveau droit.
En suite de ce Decret, la Session prochaine fut assignée au Jeudi quatrième Février suivant.
Texte 2
IV. SESSION,
tenuë le 8. jour d'Avril 1546.
DECRET
des Ecritures Canoniques.
L E Saint Concile de Trente Oecuménique, & Général, legitimement assemblé sous la conduite du Saint Esprit, les trois mesmes Légats du Siege Apostolique y présidant, Ayant toûjours devant les yeux, de conserver dans l'Eglise, en détruisant toutes les erreurs, la pureté mesme de l'Evangile, qui aprés avoir esté promis auparavant par les Prophetes dans les saintes Ecritures, a esté ensuite publié, premierement, par la bouche de Nostre Seigneur Jesus-Christ Fils de Dieu, & puis par ses Apostres, ausquels il a donné la commission de l'annoncer à tous les hommes (Marc. 16. 15.), comme la source de toute vérité, qui regarde le salut, & le bon réglement des moeurs ; & considérant que cette vérité, & cette regle de Morale sont contenuës dans les Livres écrits, ou sans écrit dans les Traditions ; qui ayant esté receûës par les Apostres, de la bouche de Jesus-Christ mesme, ou ayant esté laissées par les mesmes Apostres, à qui le Saint Esprit les a dictées, sont parvenuës comme de main en main, jusques à nous : Le Saint Concile, suivant l'éxemple des Peres orthodoxes, reçoit tous les Livres, tant de l'Ancien, que du Nouveau Testament, puis que le mesme Dieu est auteur de l'un et de l'autre ; aussi-bien que les Traditions, soit qu'elles regardent la Foy, ou les moeurs, comme dictées de la bouche mesme de Jesus-Christ, ou par le Saint Esprit, & conservées dans l'Eglise Catholique par une succession continuë, & les embrasse avec un pareil respect, & une égale piété. Et afin que personne ne puisse douter quels sont les Livres saints, que le Concile reçoit, il a voulu que le Catalogue en fust inséré dans ce Decret, selon qu'ils sont icy marquez.
DE L'ANCIEN TESTAMENT.
L Es cinq Livres de Moïse, qui sont, la Genese, l'Exode, le Levitique, les Nombres, le Deuteronome ; Josué, les Juges, Ruth, les quatre Livres des Rois, les deux des Paralipomenes, le premier d'Esdras & le second, qui s'appelle Néhémias ; Tobie, Judith, Ester, Job ; le Psautier de David, qui contient cent cinquante Pseaumes ; les Paraboles, l'Ecclesiaste, le Cantique des Cantiques, la Sagesse, l'Ecclesiastique, Isaïe, Hiéremie, avec Baruch, Ezéchiel, Daniel ; les douze Petits Prophetes, sçavoir, Osée, Joël, Amos, Abdias, Jonas, Michée, Nahum, Habachuc, Sophonias, Aggée, Zacharie, Malachie ; deux des Machabées, le premier, & le second.
DU NOUVEAU TESTAMENT.
L Es quatre Evangiles, selon Saint Matthieu, Saint Marc, Saint Luc, & Saint Jean ; les Actes des Apostres, écrits par Saint Luc Evangeliste ; quatorze Epistres de Saint Paul, une aux Romains, deux aux Corinthiens, une aux Galates, une aux Ephésiens, une aux Philippiens, une aux Colossiens, deux aux Thessaloniciens, deux à Timothée, une à Tite, une à Philémon, & une aux Hebreux ; deux Epistres de l'Apostre Saint Pierre ; trois de l'Apostre Saint Jean ; une de l'Apostre Saint Jacques ; une de l'Apostre Saint Jude ; & l'Apocalypse de l'Apostre Saint Jean.
Que si quelqu'un ne reçoit pas pour Sacrez & Canoniques, tous ces Livres entiers, avec tout ce qu'ils contiennent, tels qu'ils sont en usage dans l'Eglise Catholique, & tels qu'ils sont dans l'ancienne Edition Vulgate Latine, ou méprise avec connoissance & de propos délibéré les Traditions dont nous venons de parler : Qu'il soit Anathême.
Chacun pourra connoistre par là, avec quel ordre, & par quelle voye le Concile luy-mesme, aprés avoir établi le fondement de la Confession de Foy, doit proceder dans le reste ; & de quels secours & témoignages il doit particulierement se servir, soit pour la confirmation de la doctrine, soit pour le rétablissement des moeurs dans l'Eglise.
DECRET
touchant l'Edition & l'usage des Livres Sacrez.
L E mesme Saint Concile, Considérant qu'il ne sera pas d'une petite utilité à l'Eglise de Dieu, de faire connoistre entre toutes les Editions Latines des saints Livres qui se débitent aujourd'huy, quelle est celle qui doit estre tenuë pour authentique, Déclare & ordonne, que cette mesme Edition Ancienne & Vulgate, qui a déja esté approuvée dans l'Eglise par le long usage de tant de siecles, doit estre tenuë pour authentique dans les Disputes, les Prédications, les Explications, & les Leçons publiques, & que personne, sous quelque prétexte que ce puisse estre, n'ait assez de hardiesse, ou de témérité, pour la rejetter.
De plus, pour arrester, & contenir les esprits inquiets & entreprenans, Il ordonne, que dans les choses de la Foy, ou de la Morale mesme, en ce qui peut avoir relation au maintien de la doctrine Chrestienne, Personne, se confiant en son propre jugement, n'ait l'audace de tirer l'Ecriture Sainte à son sens particulier, ni de luy donner des interprétations, ou contraires à celles que luy donne & luy a donné la sainte Mere Eglise, à qui il appartient de juger du véritable sens & de la véritable interprétation des saintes Ecritures ; ou opposées au sentiment unanime des Peres, encore que ces interprétations ne deussent jamais estre mises en lumiere : Les contrevenans seront déclarez par les Ordinaires, & soumis aux peines portées par le Droit.
Voulant aussi, comme il est juste & raisonnable, mettre des bornes en cette matiere à la licence des Imprimeurs ; qui maintenant, sans regle & sans mesure, croyant, pourveû qu'ils y trouvent leur compte, que tout leur est permis, non seulement impriment sans permission des Superieurs Ecclésiastiques, les Livres mesmes de l'Ecriture Sainte, avec des Explications, & des Notes de toutes mains, indifféremment, supposant bien souvent le lieu de l'Impression, & souvent mesme le supprimant tout-à-fait, aussi bien que le nom de l'Auteur, ce qui est encore un abus plus considérable ; mais se meslent aussi de débiter au hazard, & d'esposer en vente, sans distinction, toutes sortes de Livres imprimez çà & là, de tous costez : Le Saint Concile a résolu, & ordonné, qu'au plûtost, l'Ecriture Sainte, particulierement selon cette Edition Ancienne & Vulgate, soit imprimée le plus correctement qu'il sera possible ; & qu'à l'avenir il ne soit permis à personne, d'imprimer, ou faire imprimer aucuns Livres, traitant des choses saintes, sans le nom de l'Auteur, ni mesme de les vendre, ou de les garder chez soy, s'ils n'ont pas esté éxaminez auparavant, & approuvez par l'Ordinaire, sous peine d'Anathême, & de l'amende pécuniaire, portée au Canon du dernier Concile de Latran : Et si ce sont des Réguliers, outre cét éxamen & cette approbation, ils seront encore obligez d'obtenir permission de leurs Supérieurs, qui feront la réveûë de ces Livres, suivant la forme de leurs Status. Ceux qui les débiteront, ou feront courir en manuscrits, sans estre auparavant éxaminez, & approuvez, seront sujets aux mesmes peines que les Imprimeurs ; & ceux qui les auront chez eux, ou les liront, s'ils n'en déclarent les Auteurs, seront eux-mesmes traitez comme s'ils en estoient les Auteurs propres. Cette Approbation que nous desirons à tous les Livres, sera donnée par écrit, & sera mise en veûë, à la teste de chaque Livre, soit qu'il soit imprimé, ou écrit à la main ; & le tout, c'est à dire, tant l'Examen que l'Approbation, se fera gratuitement, afin qu'on n'approuve que ce qui méritera approbation, & qu'on rejette ce qui devra estre rejetté.
Aprés cela, le Saint Concile désirant encore réprimer cét abus insolent & téméraire, d'employer, & de tourner à toutes sortes d'usages profanes, les paroles & les passages de l'Ecriture Sainte, les faisant servir à des railleries, à des application vaines & fabuleuses, à des flateries, des médisances, & jusques à des superstitions, des charmes impies & diaboliques, des divinations, des sortileges, & des libelles diffamatoires ; Ordonne & commande, pour abolir cette irréverence, & ce mépris des paroles saintes, & afin qu'à l'avenir personne ne soit assez hardi pour en abuser de cette maniere, ou de quelque autre que ce puisse estre, Que les Evesques punissent toutes ces sortes de personnes, par les peines de Droit, & autres arbitraires, comme profanateurs & corrupteurs de la parole de Dieu.
Indiction de la Session prochaine.
L E Saint Concile ordonne aussi, & arreste, que la premiere Session prochaine se tiendra le Jeudi d'aprés la sainte Feste de la Pentecoste.